h1

Bilan SXSW: panorama des bouleversements en cours dans les modes de distribution de contenus audiovisuels

21 mars 2009
 
 

 

 

Les distributeurs audacieux mis en garde par les gardiens de la chronologie des médias

 

 

 

D’un côté, Eammon Bowles ( Magnolia Pictures) annonçait avoir dépassé les 3 millions de dollars de recettes pour le documentaire primé aux Oscars Man on Wire et 2 millions pour Two Lovers. Ces deux films ont fait l’objet d’une exploitation VoD, avec dans le cas du dernier James Gray, une avant première à la demande un mois avant la sortie salle (et 1,2 millions de dollars de revenus réalisés le premier mois via la VoD seulement). Ryan Werner, chez IFC, a également réaffirmé un certain volontarisme à la faveur d’un bouleversement de la chronologie des médias. Avec une programmation à 80% indépendante US, IFC fait cependant la part belle, dans ses menus VoD, aux acquisitions étrangères, avec des films comme Gomorra ( plus de 600 000 dollars de recettes en salles en plus de l’exploitation VoD) ou encore Le Che ( 1,2 millions de dollars de recettes en salles) qui ont fait l’objet d’une sortie day and date salle/VoD aux Etats Unis. Chez Blockbuster, qui bénéficie d’un deal de distribution DVD exclusif pour les titres distribués en VoD par IFC, selon les dires de Keith Leopard, la VoD ne porterait pas préjudices aux ventes DVD, bien au contraire.

 Soit, mais dans le même temps, Michael Barker, Président de Sony Pictures Classics, réaffirmait lui son engagement pour une exploitation plus traditionnelle, notamment pour les films à fort potentiels. Prenant en exemple l’exploitation de Slumdog Millionnaire, Barker interrogeait ses confrères sur le potentiel commercial du film si une exploitation VoD avait été envisagée, en même temps que la sortie salle. Aucun panéliste n’a mis en doute le fait que les chances pour le film de dépasser les 130 millions de dollars de revenus auraient été faibles si le modèle de distribution classique n’avait pas été privilégié pour ce film aux 8 oscars. Outre Sony Pictures, Fox Searchlight, Miramax  ou encore Zeitgeist semblent également privilégier les sorties de type classiques pour exploiter les films distribués.

Globalement, cette cession intitulée « The State of distribution, what you need to know » a été conclue par l’importance croissante du rôle du distributeur dans le choix du mode de diffusion de l’œuvre. Certes, les canaux disponibles se sont multipliés, mais il appartient au distributeur d’imaginer comment tirer parti aux mieux de toutes les fenêtres, de manière concomitante ou non, pour in fine maximiser les revenus générés par le film.

 

Une conjoncture favorable à la distribution indépendante :

 

Du côté de la distribution, malgré la fermeture de plusieurs labels indépendants cette année pour la plupart affiliés aux studios, Bowles affirmait que la conjoncture actuelle offrait de nouvelles opportunités, notamment pour les distributeurs sachant contenir les coûts. La raison de la disparition de nombre de sociétés de distribution indépendantes l’an denier serait attribuable à une escalade dans les coûts marketing liés à des sorties à potentiel commercial limité. D’où des pertes fulgurantes pour l’industrie, désireuse de calquer au secteur indépendant les recettes des succès hollywoodiens.

Aujourd’hui, des sociétés comme Oscilloscope (qui a distribué notamment Flow), ou encore B-Side, qui ont développé des modèles alternatifs de distribution, avec des coûts maîtrisés, et une capacité certaine tirer parti des nouvelles technologies pour cibler les audiences comme promouvoir les œuvres, sont ainsi en pleine expansion. A titre d’exemple, avec des coûts marketings en deçà de 8 000 dollars, SuperHighMe, distribué par B-Side, a atteint les 1,4 millions de dollars de recettes, essentiellement via des ventes DVD. Avec un modèle sans MG, mais un partage des recettes à 50/50 avec le producteur/réalisateur, B-Side s’attache ainsi a identifier des nouveaux modèles de distribution pour des œuvres confidentielles, avec un public de niche facilement identifiable.

Dans la même verve, Bob Berney annonçait également à l’occasion de SXSW la création à venir d’une société de distribution de films indépendants. Peu de détails, sinon que la société s’appuiera en grande partie sur les nouvelles plateformes et les fonctionnalités offertes par les réseaux sociaux pour générer des recommandations et porter un bouche à oreille positif autour des nouvelles sorties.

 

Nouveaux réseaux : quels revenus générés pour l’industrie ?

 

Concernant les nouveaux réseaux toujours, durant un autre panel intitulé « The future of the DVD and digital distribution », les professionnels de l’industrie se sont accordés pour dire qu’en moyenne, pour un titre disponibles sur toutes les plateformes numériques phares US, les ventes DVD représentaient environ 90% des revenus home vidéo de l’œuvre, contre 10% réalisées par les location/ventes/streaming dématérialisés. Matt Dentler, représentant Cinetic Right Management et Steve Savage, CEO de New Video, on pu à cette occasion communiquer sur les services offerts aux producteurs indépendants en matière de distribution en ligne. Cinetic agrége les contenus et les distribue sur 12 plateformes numériques US et 6 plateformes en  Europe, se chargeant notamment de la conversion numérique, du marketing et de la diffusion de contenus indépendants. Les mêmes services sont fournis par New Video, à cela prés qu’en moyenne, CRM prélève 25% des revenus générés par les contenus ainsi distribués tandis que New Video ne ponctionne que 15%. Rick Allen, CEO de SnagFilms également présent a reconnu devant les demandes du modérateur que les revenus générés par le streaming en ligne n’étaient pas pour l’instant fulgurants, mais comparant ce modèle de distribution aux débuts de la TV câblée aux US, a affiché un optimisme certain pour un modèle en plein développement.

Col Needham, créateur d’IMDB.com, a rappelé l’historique de cette base de données dédiée au cinéma et à la TV, et recensant les crédits pour plus de 1,3 million de titres, devenu part du groupe Amazon. Il annonçait également tendre vers l’objectif d’ajouter un bouton play associant l’œuvre disponible en streaming gratuit sur chaque page du site. Un partenariat avec Amazon Unbox permet déjà à plusieurs heures de séries TV et quelques 600 films d’être disponibles en streaming gratuit sur le site. En tout aujourd’hui, 120 000 contenus audiovisuels sont pour l’instant associés aux datas disponibles sur le site, pour l’essentiel des trailers.

 

Au final, beaucoup d’optimisme à Austin cette année donc, avec un engagement certain à la faveur de l’utilisation des nouveaux réseaux pour servir au mieux les intérêts du cinéma et vice versa. Mais toujours la même question en suspens à l’heure où les investissements publicitaires, sur Internet comme ailleurs, tendent à se réduire comme peau de chagrin. Celle de savoir comment ces nouveaux réseaux vont, dans les secteurs audiovisuels et cinéma, parvenir à générer des revenus à même de rentabiliser les investissements liés aux coûts de production. A l’inverse du secteur musical, où les coûts fixes associés à la production sont finalement relativement faibles, mais qui après une adaptation lente semble aujourd’hui entrevoir les possibilités d’un modèle win-win sur Internet, la production audiovisuelle nécessite toujours aujourd’hui des investissements lourds (même s’ils tendent à diminuer), et le défi essentiel qui va se poser à la toile comme aux plateformes VoD (ou encore au BluRay) dans les années à venir, c’est de parvenir à un équilibre pour assurer une certaine rentabilité aux produits culturels que sont les films (indépendants et grand public), mais qui aux US, ne font pas l’objet d’une politique de soutien aussi volontariste qu’en France, et dont la production obéit donc aux lois du marché.

 

Morgan Jacquat

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :