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SanFran MusicTech : retour sur les évolutions du secteur de la musique à l’heure du tout numérique

2 novembre 2008

Le 20 Octobre dernier s’est tenue la seconde édition de la conférence SanFran MusicTech à San Francisco. A l’initiative de Brian et Shoshana Zisk, cet événement vise à réunir les professionnels des industries musicales venus présenter les dernières initiatives en matière d’identification de nouveaux services/sources de revenus pour le secteur.

Le programme complet de l’événement est disponible ici.

I. Evolution de la législation applicable en matière de royalties pour les web radios US :

Un premier panel dédié aux normes applicables en matière de distribution de musique en ligne a réunit Derek Slater (Google) et Time Westergren (Pandora), entre autres, venus discuter des problématiques nées de l’augmentation des royalties payées par les web radios (0,19 cent par morceau d’ici à 2010, vs 0,08 jusque là) imposée par le Copyright Royalty Board, et qui pourrait mettre en péril la survie de nombre d’entres elles.

Dans le même temps, Matt Burows (iTunes), Heather Rafter (Digidesign) ainsi que des juristes professionnels ont orienté les débats sur la difficulté d’imaginer des nouveaux standards contractuels en matière de distribution de musique en ligne, ainsi que les problèmes éthiques soulevés par les nouveaux réseaux dans le champ de la création. Un dossier complet reprenant ces panels, et revenant sur les problématiques clés évoquées est en outre disponible ici.

  • Focus sur les enjeux liés à l’évolution de la réglementation pour les web radios :

Concernant la décision du Copyright Royalty Board, les réactions des professionnels du secteur ont été vives: si la législation était adoptée, les royalties imposées aux web radios représenteraient près du triple de ce que reversent les radios satellite à la RIAA (1,6 cents par heure et auditeur, soit environ 8% de leur CA), tandis que les stations FM ne doivent acquitter aucune royaltie (la diffusion broadcast étant historiquement perçue comme un moyen d’engager les audiences). Pandora, Imeem, Last FM seraient ainsi menacées de dépôt de bilan, et ce malgré leur succès auprès des utilisateurs.

In fine, face aux protestations des web radios, et des 60 millions d’internautes qui utilisent aux USA leurs services, il semblerait que les différentes parties prenantes soient en voie de trouver un arrangement basé sur le reversement d’un pourcentage du CA des radios en ligne aux ayants droits, au lieu d’un taux fixe par morceau. Pour information, Pandora aurait engrangé 24 millions de CA en 2007, dont 70% reversés aux ayants droits.

Face à ces nouveaux enjeux enfin, les web radios ont en outre développé des applications destinées à améliorer la rentabilité de leurs services, tout en préservant le modèle du gratuit financé par la publicité, notamment en développant des applications accessibles sur mobile. Ainsi Pandora a lancé avec succès son application sur iPhone (4ème application la plus populaire), et Imeem a lancé une plateforme publicitaire sur mobile.

  • Evolution du nombre de visiteurs uniques sur les web radios aux US :

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Last FM qui n’est pas comptabilisée ici a pour sa part enregistré une progression de 62% d’audience sur un an, avec 3,03 millions de visiteurs uniques en juillet 2008. AOL music et Yahoo music dominent ainsi toujours le marché, mais les web radios progressent notablement. HypeMachine par exemple a ainsi enregistré une progression de 177% de son audience en 2008.

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  • Promotion des artistes indépendants :

Dans le même temps, des services comme IODA, qui agrègent les contenus musicaux indépendants pour les distribuer en ligne et générer des revenus ont également le vent en poupe sur la toile. A l’heure ou Facebook songe à lancer sa propre offre de musique en ligne, MySpace vient d’annoncer la conclusion d’un accord avec le site destiné à accroître la présence en ligne des artistes indépendants distribués. MySpace Music avait en outre conclu des partenariats avec les 4 majors de l’industrie du disque plus tôt cette année.

Fin octobre enfin, TuneCore annonçait la levée de 7 millions de dollars auprès de VC, à l’heure même où la conjoncture économique forçait la plupart des starts up dans le secteur à réduire leurs effectifs. Le service permet aux artistes d’uploader leurs morceaux/vidéos sur le site, en contrepartie d’une rémunération fixe, et de les distribuer sur les services marchands tels iTunes ou Amazon. iLike, qui a vu son succès porté par celui de Facebook, est en outre partenaire du site.

II. Les sites communautaires, un outil marketing pour les distributeurs de musique en ligne et vice versa.

Deux autres panels du SanFran MusicTech été consacrés à l’importance croissante des sites communautaires en matière de promotion de marketing en ligne. Dave Allen (Pampelmoose), Steve Jang (Imeem), Geoff Ralston (LaLa) (entre autres, voir le programme pour la liste des intervenants complète) ont ainsi évoqué les stratégies de leurs sociétés pour améliorer l’expérience en ligne des utilisateurs ainsi que la visibilité des artistes sur la toile.

Imeem, par exemple, était initialement conçu comme un site communautaire basique, mais l’intégration des contenus musicaux a été rendue nécessaire par la demande des utilisateurs. La conclusion d’accords avec les majors de l’industrie du disque a par la suite permis au site de développer son audience tout en assurant une promotion virale aux contenus distribués en ligne, notamment via les ratings des utilisateurs, et l’intégration de contenus multimédias associés. Enfin, le mediatracking, permettant aux « friends » de visualiser les contenus écoutés favorise également une viralité active pour des recommandations interpersonnelles en termes de choix musicaux.

Apture, dont le CEO, Tristan Harris, était également venu faire une présentation à la conférence, permet en outre d’intégrer des contenus multimédias associés à un artiste sur Internet, enrichissant l’expérience de découverte de contenus vidéos (YouTube…), mais aussi textes (Wikipédia…).

Dans la même veine, LastFM base ses recommandations sur celles des utilisateurs, à la différence de Pandora, dont 90% des employés sont affectés à la définition du « music genome »destiné à faire découvrir aux utilisateurs des nouveaux artistes en fonction de leurs gouts répertoriés sur le site. Selon les déclarations de Steve Jang, l’expérience de musique en ligne ne devrait pas être orientée autour de la consommation, mais bien plus autour d’une communauté de goûts et d’expressions.

La société iLike utilise ainsi les habitudes de consommation sur les lecteurs iTunes des utilisateurs pour leur faire découvrir des artistes qu’ils seraient susceptibles d’apprécier. iLike a connu un succès certain via son API embarquée sur Facebook permettant aux internautes d’éditer sur leurs profils leurs préférences musicales, et de recommander des artistes à leurs amis. La société a en tout levé plus de 16 millions de dollars, mais serait potentiellement en vente fin novembre 2008. Selon les déclarations d’Ali Partovi, la dépendance induite par l’application Facebook (5,4 millions d’utilisateurs uniques par mois) à l’heure où le site envisage de lancer son offre de musique en nom propre pourrait compromettre l’indépendance du service. 

Dans le même temps, LaLa, historiquement service d’échange de CD en ligne, annonçait un changement de business model. Le service offre désormais des albums à la vente, l’ensemble de son catalogue en écoute gratuite en streaming une seule fois, et des titres à la vente pour 10 cents par morceau. Dénué de publicité, ce nouveau modèle économique pose néanmoins problème en termes d’interopérabilité : l’écoute du titre acquis ne pourra se faire que via Lala.

En termes de financement, une table ronde réunissant Peter Gotcher (TopSpin Media), Larry Marcus (Walden VC), et Michael Downing (TransMedia Capital) se sont déclarés ouverts à des investissements dans le secteur de la distribution de musique en ligne, à condition bien sur que le service soit prometteur.

Enfin, Bradhy Lahr (Kufala), Glen Otis Brown (YouTube), Andreas Neumann (Talenthouse) et Sean O’Connell (Music Allies) ont évoqué les alternatives, en termes de distribution physique et numériques, aux circuits historiques dominés par les labels des majors. En axant la promotion des artistes distribués sur des attributs accessoires associés aux contenus (tels un packaging « eco-friendly » par exemple), en misant sur le caractère international de la distribution en ligne et la possibilité de générer une base de fans en Corée (via YouTube notamment) alors que sur le marché domestique, la demande ne suit pas, ce dernier panel a finalement ouvert la voie a de nouvelles pistes de réflexion pour ce qui concerne la production, la promotion et la monétisation des contenus musicaux.

Géraldine Ohana

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