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Le cinéma indépendant américain en pleine refonte

20 septembre 2008

Des bouleversements majeurs sont en cours dans le secteur de la production et de la distribution du cinéma indépendant aux Etats-Unis.

clip_image002Tout d’abord, au niveau de la production, le nombre de films distribués en salle ne cesse d’augmenter, tandis que le nombre de titres soumis à l’appréciation des sectionneurs des festivals suit une croissance exponentielle, notamment en raison des facilités techniques offertes à tout un chacun pour réaliser une œuvre (bas prix des caméras numériques, logiciels de montages accessibles bon marché tout en étant d’un usage facile…). En aval, les débouchées pour les films ne sont pas extensibles, et ce malgré les multiples relais de distribution qui sont, notamment grâce à Internet, mis à la disposition des cinéastes semi professionnels. Le public ne suit pas, et nombres de films pâtissent de cet étranglement du marché, ne réussissant pas à trouver leurs audiences, ce qui se traduit par des pertes financières pour les professionnels, et par une refonte de l’industrie.

 

Les studios se désengagent du secteur indépendant :

Mi 2008, Time Warner (TW) annonçait la fermeture de ses deux labels spécialisés (New Line et Warner Independent), suivit de près par la fermeture de PictureHouse (toujours chez TW). Paramount, après avoir lancé il y a deux ans la signature Vantage annonçait le licenciement de 50 employés, le label indépendant ayant vocation à être absorbé par sa maison mère, et Fox Searchlight, qui traditionnellement distribuait jusqu’à une vingtaine de films indépendants par an en affiche 6 pour son line up 2008. Une tendance semblable est également observée chez Focus Features. Bref, les studios se sont massivement désengagés cette année d’un segment de marché qu’ils avaient cru profitable, mais qui in fine ne correspond pas du tout à leur cœur de métier. L’irruption des studios dans la production/distribution de films indépendants aux Etats-Unis aurait selon de nombreux professionnels contribué à bouleverser l’équilibre du secteur, en engrangeant une augmentation conséquente des budgets alloués traditionnellement à la distribution de films d’auteurs.

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Alors qu’un budget marketing de l’ordre de 10 à 15 millions de dollars suffisait amplement à assurer la promotion d’un film distribué par des labels indépendants, l’irruption des filiales spécialisées dans le secteur a mis la barre à 20/25 millions de dollars, ce qui exclut de fait de la distribution salle nombre de titres, ces derniers trouvant des relais de distribution en sortie DVD directe ou encore en VoD.

Cela n’a servi ni aux studios, ni aux distributeurs indépendants. In fine, pour les majors, des films à gros budget tels « Iron Man » ou « Batman », malgré un risque initial en termes de capital très élevé, sont des investissements bien moins risqués qu’une multitude de titres indépendants, dont le retour sur investissement est pour le moins putatif, même sur des titres prometteurs.

Financement :

En termes de financement, également, à l’heure ou l’économie américaine subit de plein fouet une crise immobilière et financière aigue, le financement de l’Entertainment semble également faire l’objet d’une certaine refonte. La majeure partie des banques d’affaires qui investissaient traditionnellement dans le secteur ne renouvellent pas cette année les deals avec les studios, qui cherchent alors à l’étranger des sources alternatives de financement (Abu Dhabi prévoit ainsi d’investir 1 milliard de dollars dans la production US, Dreamworks a trouvé chez Reliance les fonds nécessaires pour se défaire de la tutelle de Viacom).

Les producteurs indépendants subissent également un revers similaire, le fond Imagenation à l’initiative d’Abu Dhabi ayant conclu des partenariats avec Warner Bros. (500 millions de dollars) mais aussi avec Participant Productions (250 millions alloués à la société créée par Jeff Skoll, notamment remarquée par le caractère engagé des productions distribuées).

Alors qu’entre 2003 et 2008, les banques d’investissement auraient investit près de 12 milliards de dollars dans l’industrie cinématographique, la situation préoccupante de nombreuses d’entre elles aujourd’hui ne laisse pas présager d’un avenir florissant pour les années à venir. L’échec du deal entre Paramount et Deutsche Bank cet été, portant sur un montant de 450 millions de dollars a retentit comme un signal d’alarme pour le marché. Malgré tout, d’autres acteurs de la finance internationale manifestent eux un regain d’intérêt pour le secteur, notamment JP Morgan qui s’est engagé pour un montant de 340 millions de dollars auprès de Lionsgate, et 500 millions de dollars auprès de Dreamworks, après avoir abandonné ce segment au cours des dernières années. De même, les fonds de capital equity s’intéressent au marché.

En outre, de nouveaux acteurs tel Aramid Capital ou encore Oceana Media Finance entrent dans le marché du financement des films à budget moyens (10 à 30 millions alloués à la production), palliant ainsi le désengagement relatif des structures traditionnelles.

Distribution :

Les opportunités offertes par les nouveaux réseaux en termes de distribution alternative aux réseaux traditionnels peuvent se révéler lucratives pour des films à budget moyen. Les expériences d’IFC et de Magnolia sont à ce titre édifiantes avec les sorties conjointes en salle et VoD de titres d’auteurs.

Depuis le lancement de son programme IFC in Theater consistant en des sorties simultanées en salle (i.e. au Lincoln Center à NY essentiellement) et en VoD, IFC a distribué en 2 ans une soixantaine de films, essentiellement étrangers, qui n’auraient sinon sans doute pas trouvé de distributeur US. Avec des acquisitions d’un montant moyen généralement ne dépassant pas le million de dollars, IFC cible ses sorties en fonction du potentiel escompté de chaque titre. Malgré tout, les exploitants américains refusent encore aujourd’hui pour la plupart de distribuer des films en salles en même temps qu’en VoD. D’où la nécessité pour Magnolia et IFC de disposer d’une chaîne de distribution intégrée, et d’arguer que loin de cannibaliser les ventes, la VoD serait un moteur pour les recettes engrangées par lesdits titres.

Avec « The Last Mistress », le dernier Breillat, IFC aurait engrangé via son offre en VoD plus de 700 000 dollars de recettes durant l’été 2008. Ce titre n’aurait pourtant sans doute pas trouvé de distributeur dans les circuits classiques aux Etats-Unis.

Idem, Magnolia, dans le giron de 2929 Productions qui possède en outre Landmark Theater et HDnet, a pu capitaliser sur des titres de genre avec des sorties day and date. « Flawless », avec Demi Moore et Michael Caine au casting a ainsi fait l’objet d’une petite sortie aux USA sur 35 écrans en même temps qu’une mise à disposition VoD pour 10 dollars. Le film a ensuite fait l’objet d’une distribution sur 65 écrans, engrangeant in fine 1 million de dollars au BO, mais surtout 6 millions de dollars en VoD. Cet exemple est édifiant en cela qu’aux Etats-Unis, un casting prometteur est souvent source de revenus en DVD/VoD, d’autant plus si le film est porté par un bouche à oreille positif et une publicité gratuite due à un plan de sortie original.

Enfin, iTunes, et les différentes plateformes gratuites et payantes qui fleurissent sur la toile sont aussi des sources potentielles de revenus pour les cinéastes, bien que les modèles économiques soient encore en grande partie à définir.

Dès lors, la situation du cinéma indépendant US appelle certes une réflexion concertée de la part des professionnels, pour rationnaliser les coûts et sans doute renoncer à des sorties salles extrêmement couteuses à promouvoir au profit de réseaux de distribution alternatifs. Quoiqu’il en soit le dernier festival de Toronto, où nombres de titres laissés sans distributeurs à Cannes ont in fine trouvé preneur, les performances en salles de films tels « Burn After Reading » (25 millions de dollars en première semaine réalisés par le dernier opus des frères Cohen) ou à moindre échelle de « Tell No One » (3 millions de dollars engrangés au BO US pour le film de Guillaume Canet) ou encore les opportunités liées à l’irruption de la VoD et plus généralement des nouveaux réseaux, sont autant de signaux malgré tout positifs pour l’industrie.

 

Géraldine Ohana

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