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Le logiciel traditionnel a-t-il encore un avenir face au Saas collaboratif ?

6 juin 2008

Vers une croissance plus modérée

Au regard des derniers rapports des analystes spécialisés, le secteur des technologies de l’information et de la communication est entré, au niveau mondial, dans une phase de croissance modérée. D’après les dernières prévisions, du fait du ralentissement économique aux Etats-Unis et en Europe et de l’atteinte de taux de pénétration approchant parfois la saturation, cette phase de ralentissement pourrait bien se poursuivre lors des années à venir, probablement jusqu’en 2011.

Aux Etats-Unis, d’après les dernières prévisions de Global Insight, le secteur TIC dans sa globalité représenterait environ 1030 milliards de dollars sur 2007 en croissance de 4,2% par rapport à 2006 (après +5,5% l’année précédente). Malgré cette tendance au ralentissement, on notera que le secteur des technologies de l’information et de la communication reste une composante majeure de l’économie américaine : le secteur dans sa globalité a contribué à hauteur de 22,3% à la croissance du PIB américain en 2007.

Si l’intensité et la durée du ralentissement de l’économie américaine font toujours débat, le secteur des technologies de l’information sera inévitablement sensiblement impacté par la situation économique actuelle. En particulier, selon IDC, les dépenses d’investissement des entreprises et du gouvernement en technologies de l’information et de la communication seront significativement affectées : à plusieurs reprises depuis fin 2007, le cabinet a revu à la baisse ses prévisions de croissance du secteur ; selon ses dernières estimations disponibles, la croissance du secteur pourrait se réduire à 4,4% en 2008 contre 6,4% en 2007 plaçant les États-Unis loin derrière les pays émergents.

Croissance de l’investissement en technologies de l’information

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Source: IDC

En termes de verticaux, les acteurs des technologies de l’information et de la communication, trouvent aux Etats leurs principaux marchés dans la finance (18%), le secteur manufacturier (17%), les communications et les médias (9%) et le secteur public.

Une vague de ruptures majeures façonne le marché pour la décennie à venir

Le secteur des technologies de l’information a subit ces dernières années une succession de ruptures technologiques et de bouleversements majeurs ayant contribué à la transformation du marché :

– développement massif de la distribution des services en ligne, développement de services par la communauté, solutions orientées services, etc. Cette succession de ruptures a connu son avènement en 2007 avec l’avènement du « as a service », des applications du web 2.0, de l’open source, du développement communautaire.

– La convergence des produits et des contenus, la mobilité, l’interactivité, l’externalisation des logiciels et du stockage des données favorisent la mutation accélérée des usages individuels et collectifs : les modes de communication sont bouleversés, en particulier avec le développement des réseaux sociaux (obsolescence du mail et développement de l’instant messaging) ; les contenus sont consultés à tout moment, depuis n’importe quel endroit ou support (ATAWAD : Any Time Any Where Any Device) ; tout le monde peut créer, produire et diffuser ses contenus (UGC: User Generated Content).

– Ces ruptures favorisent l’émergence d’acteurs non-traditionnels tels que Google, Youtube ou Facebook. Les grands acteurs traditionnels du secteur doivent se repositionner afin de s’adapter à cet environnement en mutation très rapide : les producteurs de contenus cherchent à différencier leurs modes de distribution; les distributeurs cherchent à détenir les contenus ; les sociétés informatiques traditionnelles développent des départements multimédia ; les grands acteurs de la convergence doivent se repositionner sur d’autres segments (par exemple, arrivée des opérateurs télécom sur le marché de la vidéo et vice-versa).

La tendance serait ainsi pour les années à venir à la multiplication de l’offre de services en ligne sur les marchés du grand public comme des entreprises, à l’ouverture des modèles économiques (dans des logiques d’écosystèmes ouverts avec co-création de valeur) et au développement de la simplification des services dans une approche orientée solution et service. D’après IDC, ces nouveaux concepts aujourd’hui considérés comme disruptifs pourraient bien constituer les fondations de l’offre du marché des TIC de la prochaine décennie.

Tendances sectorielles

Industrie du logiciel et matériel informatique

Le secteur du logiciel maintient une croissance élevée comprise entre 7 et 8%. Les investissements en équipement informatique, après une phase difficile à la fin de l’année 2006, se sont sensiblement améliorés pour atteindre un chiffre de 145 milliards de dollars en 2007.

Sur cette même année, le matériel et le logiciel de stockage, les logiciels de management d’infrastructure, les applications serveur et les solutions de Business Process Management (BPM) ont été les cibles d’achat principales des entreprises américaines. A l’inverse, les serveurs, les équipements de communication, les systèmes d’exploitation, les logiciels de développement d’application et les services de conseils IT sont les secteurs qui ont souffert le plus.

Globalement, l’emploi dans le secteur se porte également bien, avec une croissance en 2006 supérieure aux prévisions. Les profils les plus recherchés sont les administrateurs de bases de données, les administrateurs réseau et systèmes informatiques et enfin les chercheurs en informatique. La croissance des salaires reste équivalente à l’année passée, soit 3%.

– Fuite massive de la valeur des équipements vers les réseaux

On assiste à une forte migration de l’objet physique vers le service et la distribution de contenus. Les appareils sont de plus en plus connectés (multiplication des technologies d’accès au réseau, accès à des applications en ligne, généralisation des navigateurs full web, synchronisation avec d’autres équipements, etc.) et la numérisation et le haut débit permettent aux constructeurs de proposer aux entreprises et aux particuliers des plateformes légères accédant à des applications et autres ressources en ligne. Les applications de cette dynamique donnent naissance dans le monde du grand public à des terminaux ultra connectés permettant l’accès à une offre riche de services en ligne tels l’iPhone et sur le marché entreprise à une nouvelle génération de services de bureautique et de productivité, office 2.0, ainsi qu’au développement des concepts de virtualisation.

Ces ruptures vont imposer aux grands fournisseurs de se réinventer, de rafraîchir leurs offres et leur identité. Tous les fournisseurs, incluant Oracle, Microsoft, SAP et IBM devraient ajouter de nouveaux services à leurs plateformes de Software as a Service, logiciels accessibles en ligne ne nécessitant pas d’installation sur les postes clients ou les serveurs de l’entreprise. Conséquence directe, les Etats-Unis suivent la tendance mondiale de migration des budgets vers des investissements software et une forte baisse des investissements hardware. Ainsi pour la première fois, en 2007, la part des budgets IT réservée au software a dépassé celle réservée au hardware avec 42% contre 40%. 31% des budgets software devraient être réservés à de nouvelles initiatives, 23% à l’achat de nouvelles licences, 21% à la maintenance du parc logiciel existant.

Secteur porteur de l’industrie, la génération de services de productivité et de bureautique en ligne qualifiés d’Office 2.0, rassemble une palette complète d’outils pratiques accessibles en ligne répondant à l’ensemble des besoins professionnels. L’éventail de cette offre s’étend des simples utilitaires pratiques (gestionnaire de tâches, etc.) aux applications métiers les plus complexes (CRM, développement informatique, etc.). Cette importante richesse de services crée également une rupture avec l’environnement bureautique traditionnel.

Enfin, on assiste aujourd’hui à une adoption des solutions de virtualisation pour les serveurs et le stockage, qui permettent d’augmenter et d’optimiser le taux d’utilisation des équipements existants. L’institut Gartner indique que la virtualisation sera un élément incontournable dans les domaines des TIC d’ici à 2015. En outre, le nombre de machines virtualisées devrait passer de 500 000 à l’heure actuelle à 3 millions d’ici 2009. Enfin, il apparait que le développement de telles offres, de la centralisation des infrastructures de stockage et de calcul et des besoins toujours grandissants des géants de l’Internet et de l’Informatique font émerger de nouveaux data centers colossaux que seuls des géants comme Google, Microsoft ou Amazon peuvent mettre en place. On notera que l’accès à des ressources serveurs fournies par des spécialistes de la virtualisation et des data centers devient une commodité et que les plus grands éditeurs de logiciel ont indiqué avoir prévu d’y recourir.

– Le grand public et les PME, une importante source de croissance

Le développement massif d’un mode de distribution en ligne pour des services de tous types – applications, business intelligence, serveurs, stockage, images, impression – combiné au développement des besoins informatiques des PME et des pays émergents constituent une importante opportunité pour les acteurs majeurs de l’informatique aux Etats-Unis. En ouvrant leurs services à ces nouveaux marchés grâce au développement du SaaS, l’industrie compte maintenir sa croissance. On notera qu’IBM, qui a suivi de nombreuses transformations dans le domaine professionnel, pourrait bien repenser sa stratégie et voir d’un œil nouveau le marché grand public. A terme, il devrait être de plus en plus difficile d’être un leader en étant exclusivement positionné sur le marché professionnel.

De la même manière, les frontières entre l’informatique pour les particuliers et les entreprises vont continuer à s’effacer, tout particulièrement entrainées par une dynamique forte de positionnement sur le marché des PME. Les fournisseurs orientés vers le grand public comme Google, eBay, Yahoo, Apple et les câblo-opérateurs (principalement aux Etats-Unis) vont développer leurs offres aux PME. A l’inverse, de nombreux fournisseurs traditionnels vont adopter des business models grand publics pour attaquer le secteur des PME.

– « Solutionisation » des offres logicielles et développement des offres de software sur Appliance

Nous le constations depuis quelques années, la tendance est à la construction d’offres logicielles calquées sur les différentes problématiques des entreprises (« orientées solutions »). Par opposition aux grandes Suites répondant à une large variété de besoins, les acteurs semblent aujourd’hui revenir à des offres plus ciblées. S’inscrivant dans cette dynamique, Dell, HP, IBM et Sun devraient introduire des serveurs sous forme d’Appliance applicatives. Présenté d’une autre manière, ils « chargent » ces serveurs avec des applications et les proposent avec un accès utilisant une interface Web et de téléchargement de logiciels et de services complémentaires.

Cette dynamique de simplification de l’offre correspondant à une certaine consumérisation du logiciel impose de repenser les modèles de distribution en permettant à l’utilisateur final : de découvrir et d’utiliser la solution logicielle en amont du cycle de vente ; de comprendre instantanément le bénéfice à recourir à la solution ; d’utiliser des fonctionnalités collaboratives. Les modèles classiques de distribution par le haut via le top management, avec pour finalité première la traçabilité des processus internes et le reporting des résultats, semblent atteindre leurs limites.

– Ouvertures des systèmes et des écosystèmes de développement

La plupart des grands éditeurs de logiciels mettent en place des plateformes ouvertes permettant l’intégration dans leur offre d’applications développées par des tiers. Cette tendance de fond est favorisée par le développement des API (Application Programming Interface ou interface de programmation) qui permettent de définir la manière dont un composant informatique peut communiquer avec un autre et l’interopérabilité de plusieurs logiciels. Les exemples de succès des plateformes de Salesforce ou de Facebook permettant l’intégration d’application tierces laissent penser que ce modèle d’écosystème pourrait à terme prendre une place de plus en plus importante dans la structuration du marché du logiciel.

Conséquence directe de cette ouverture des systèmes, un nouveau type de service / interface tend à se développer fortement : les Mashups. Un mashup, est une application « composite », une application qui combine du contenu provenant de plusieurs applications plus ou moins hétérogènes. Sur Internet, le principe d’un mashup est donc d’agréger du contenu provenant d’autres sites, afin de créer un site nouveau.

Internet : des réseaux et services

– Réseaux et concurrence

Les Etats-Unis développent leurs réseaux de fibres optiques (FTTP et FTTN par Verizon et AT&T) assez rapidement et connaissent quelques difficultés dans le financement et le développement des technologies WIMAX et des réseaux WiFi municipaux. Au premier trimestre 2008, près de 3 millions de foyers auraient un accès à internet en très haut débit via FTTH sur le territoire nord américain. L’opérateur Verizon se positionne très largement comme leader de ce marché avec près de 1,8 million d’abonnés.

D’autre part, les câblo-opérateurs concurrencent fortement les opérateurs télécom traditionnels dans leurs offres d’accès à Internet et de services de voix (VoIP) qui eux-mêmes cherchent à entrer dans le marché du service vidéo (avec les offres Verizon FIOS et AT&T UVerse).

Malgré l’intensification de la concurrence sur ces marchés, le taux de pénétration du haut débit reste faible aux Etats-Unis et les offres encore chères.

– Internet : toujours le Web 2.0 et les réseaux sociaux

L’expression Web 2.0 qualifie l’évolution de l’Internet aussi bien du côté des technologies employées que des usages. En particulier, on qualifie de Web 2.0 les interfaces permettant aux internautes d’interagir à la fois avec le contenu des pages mais aussi entre eux. La question de la monétisation de ces pratiques se pose désormais et fait l’objet d’une qualification de Web 3.0.

L’un des plus grands phénomènes TIC récent est l’émergence des réseaux sociaux qui permettent de créer et d’alimenter des réseaux de connaissances. Le nombre de pages cumulées vues sur les sites Facebook et Youtube est désormais supérieur au cumul des pages vues sur Yahoo et Google. En partie à travers le phénomène des réseaux sociaux, se développe aussi la messagerie instantanée qui rend le e-mail traditionnel archaïque pour la population des 15-25 ans.

Compte tenu de l’importance du phénomène, les acteurs traditionnels du logiciel s’inspirent aujourd’hui de cette vision sociale des services pour la conception de leurs futures générations de services sur les marchés du grand public comme de l’entreprise. La demande croissante du marché professionnel des grandes entreprises comme des PME en solutions logicielles collaboratives donne aujourd’hui naissance à une nouvelle génération de services faisant la part belle aux fonctionnalités d’échange et de partage s’inspirant des réseaux sociaux du marché grand public. Attirées par la forte demande, de nombreuses startups innovantes se positionnent aujourd’hui sur ce nouveau marché sous l’œil attentif des grands acteurs du logiciel très actifs en termes d’acquisition sur ce segment.

Télécommunications mobiles et fixes

– Marché du mobile

Porté par le développement des usages des services de données sur le mobile, le secteur du mobile aux Etats-Unis affiche de bons résultats sur les années passées. A fin 2007, on comptait 256 millions d’abonnés au mobile (représentant un taux de pénétration de 84%) en croissance de 9.6% par rapport à fin 2006. En moyenne, les abonnés dépenseraient, d’après la CTIA, 49,8 dollars par mois pour leur abonnement mobile. En termes de revenus, on notera la croissance rapide des revenus générés par le développement des services de données. A fin 2007, ils représenteraient 22 milliards de dollars soit près de 16% du revenu total généré par les services de téléphonie mobile.

L’actualité 2008 a été marquée par la réallocation de certaines fréquences libérées. Les grands opérateurs traditionnels se sont imposés (Verizon et ATT ont remporté la plupart des fréquences) ce qui leur permettra de poursuivre le développement des réseaux 3G CDMA/EvDO et GSM/EDGE/HSDPA aux Etats-Unis. Mais, la pression exercée par d’autres grands acteurs, au premier rang desquels Google, a conduit à l’ouverture des réseaux aux applications.

Par ailleurs, l’opérateur Sprint rencontre des difficultés dans le développement des technologies WIMAX (bande des 2.05GHz). Enfin, malgré le succès relatif de Virgin Mobile, les MVNO se portent mal (fermeture de ESPN).

Du côté des applications mobiles, l’arrivée de l’iPhone d’Apple a bouleversé le marché car le rapport de force équipementier-opérateur a été inversé. Par ailleurs, les téléphones intègrent de plus en plus de fonctionnalités (Internet mobile, WiFi, GPS, browser AJAX, système opérationnels ouverts comme Java ou Linux, avec des contenus audiovisuels exclusifs pré-chargés). Le téléphone portable est redevenu à la mode, comme en témoigne l’engouement pour le marché de la publicité sur mobile. Mais le marché mobile aux États-Unis reste un marché moins développé qu’en Europe ou plus encore qu’en Asie.

Marché du fixe

Au Etats-Unis, comme dans la plupart des pays développés, le marché de la téléphonie fixe est en perte de vitesse mais reste très intéressant à observer car il est l’objet d’une forte concurrence des câblo-opérateurs et des solutions VoIP. Les opérateurs ont fortement investi pour numériser leurs réseaux alors que les tarifs de la voix se sont effondrés.

Paul Degueuse

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