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Révolution ou effet d’annonce, Verizon et AT&T ouvrent successivement leurs réseaux

25 décembre 2007

Ainsi que détaillé dans le cadre de notre précédente lettre de veille faisant l’état des lieux de la prochaine procédure d’attribution de la bande des 700 MHz issue du dividende numérique, la FCC souhaite créer un « third pipe » dans le monde du haut débit américain en favorisant le développement du haut débit mobile.

L’initiative la plus emblématique de cette politique du régulateur américain est sans doute la volonté d’imposer progressivement une ouverture des réseaux aux applications et aux terminaux. Plus concrètement, il convient notamment de se rappeler que les futurs détenteurs de licences sur le Bloc C de la bande des 700 auront pour obligation de rendre accessible leur réseau à tous les terminaux et applications développés dans cette optique d’ouverture.

L’ouverture de réseau de Verizon annonce un virage dans l’industrie du mobile

S’inscrivant parfaitement dans ce contexte, Verizon annonçait il y quelques jours prendre les devants sur la politique de la FCC en ouvrant son réseau aux terminaux et applications d’ici fin 2008.

D’après le communiqué de presse, Verizon offrirait ainsi à ses abonnés la possibilité d’utiliser sur son réseau mobile national des terminaux et applications que l’opérateur ne propose pas. Dès le début d’année 2008, Verizon devrait publier quelques détails techniques sur son réseau et définir les standards dont les développeurs d’applications et les équipementiers auront besoin pour pouvoir s’interfacer avec ce dernier. Sur la base de cette documentation, l’opérateur s’engage à offrir l’accès aux terminaux et services respectant à minima les standards définis.

Cette annonce est perçue aux Etats-Unis comme une réelle révolution pour l’industrie du mobile. En effet, cet univers avait jusqu’à présent l’image d’un écosystème cloisonné (Walled Gardens), entretenu par la volonté des opérateurs, souvent appelés Gate Keepers de maintenir de fortes barrières à l’entrée. On notera également que dans cet environnement verrouillé, Verizon avait jusqu’à présent l’image d’un opérateur soucieux de garder un contrôle le plus complet possible de l’expérience utilisateur de ses abonnés et de son réseau.

D’après Lowell McAdam, CEO de Verizon, cette démarche d’ouverture vise avant tout à favoriser l’innovation et le développement de nouveaux usages mobiles. L’objectif serait à terme qu’un simple développeur indépendant « dans son garage » puisse concevoir des applications utilisant le réseau de l’opérateur. Il ne s’agit pas pour autant de remettre en question le modèle traditionnel de vente conjointe du bundle téléphone/abonnement qui a fait jusqu’alors le succès des opérateurs mobile mais plutôt d’offrir une alternative permettant de couvrir de nouveaux besoins et de répondre aux usages des abonnés en recherche d’une nouvelle expérience du mobile.

Quelques jours après l’annonce de Verizon, c’est à AT&T d’ouvrir à son tour son réseau

Sonnant comme une réponse au mouvement de Verizon, ATT leader sur le marché du mobile aux Etats-Unis annonçait quelques jours après son principal concurrent l’ouverture de son propre réseau. Plus précisément, d’après Ralph de la Vega, CEO & Président d’ AT&T Wireless, l’opérateur permettrait désormais d’utiliser n’importe quel terminal mobile pourvu qu’il soit GSM (« We don’t prohibit it, or even police it. »).

Si cette nouvelle, largement relayée par la presse laissait penser que l’opérateur annonçait quelque de réellement nouveau, il n’aura pas fallu plus de quelques heures pour que les américains s’interrogent sur la fraicheur de l’annonce. En effet, pouvoir accéder au réseau d’ATT avec un terminal non fourni par l’opérateur n’est pas nouveau. Il suffit de disposer d’un terminal GSM débloqué fonctionnant sur des bandes de fréquences compatible avec le réseau d’ATT. Ce terminal peut d’ailleurs utiliser n’importe quel système d’exploitation, qu’il s’agisse de Windows Mobile, Symbian, Linux ou toute autre plateforme.

Sans plus d’information de la part de l’opérateur il est difficile d’évaluer la portée de cette « ouverture ». En effet, il conviendrait que l’opérateur clarifie ce qu’il entend par ouverture de son réseau. S’agit-il de s’ouvrir aux terminaux, aux applications ou aux systèmes d’exploitation.

Les premiers signes d’une dynamique d’ouverture de l’industrie des communications mobiles

Le mouvement de Verizon, qui affiche aujourd’hui près de 64 millions d’abonnés, s’inscrit dans une dynamique plus générale d’ouverture du marché des communications et des applications mobiles. Alors que les consommateurs et la presse critiquent aujourd’hui la politique fermée d’Apple et d’ATT en ce qui concerne la commercialisation de l’Iphone et du service associé, un mouvement d’ouverture semble désormais s’organiser. Après l’ouverture du réseau Internet et l’essor des interfaces de programmation (APIs) qui font aujourd’hui le succès du web 2.0, ce serait donc désormais au tour de l’industrie du mobile de se transformer pour mieux s’ouvrir.

Les annonces successives de Google de sortie de la plateforme Android et de création de l’Open Handheld Alliance (OHA) vont également en ce sens. On notera par ailleurs que Verizon devrait supporter le système d’exploitation de Google en rejoignant ainsi Sprint et T-Mobile.

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La plateforme Android de Google (source : www.mobilemag.com)

Il semblerait donc que l’impulsion du régulateur mais aussi et surtout la pression du géant Google, qui investit massivement dans cette dynamique d’ouverture, porte désormais ses fruits. Plus que l’ouverture plus ou moins importante du réseau d’un opérateur, cette annonce met en évidence un changement important dans le rapport de force des acteurs de la chaîne de valeur de l’industrie mobile qui sonne comme la fin du règne des opérateurs. En effet, en quelques mois nous avons vu successivement Apple avec l’Iphone et Google avec Android et l’annonce de son intention d’enchérir sur la bande des 700, imposer aux opérateurs leurs vision d’une nouvelle chaîne de valeur laissant une place plus importante aux équipementiers et fournisseurs d’applications.

Le modèle cloisonné des Walled Gardens semble désormais s’effondrer sous la pression conjointe d’une nouvelle régulation, de l’environnement concurrentiel et de la volonté de changement des consommateurs.

Quelques incertitudes qui conduisent à relativiser la portée de l’annonce de Verizon.

Au regard de cette récente annonce, il convient de s’interroger sur les motivations de l’opérateur Verizon. Si en favorisant l’innovation et l’émergence de nouveaux services, l’opérateur permet de couvrir un éventail large de besoins qu’il ne pourrait jamais adresser seul sans s’ouvrir, nous noterons que cette annonce lui permet de se positionner comme « bon élève » auprès de la FCC dans le cadre de la prochaine attribution des fréquences de la bande des 700. En effet, si Verizon Wireless ne se positionnait pas officiellement dans la course avec Google ou AT&T, la société a fini par déposer une offre auprès de la FCC en décembre, sous le nom de « Cellco Partnership ». On comprend alors que l’annonce de l’ouverture de son réseau lui permet de démontrer sa motivation en ce domaine et à accepter les conditions de la FCC.

Il convient également de s’interroger sur le niveau d’ouverture du réseau que propose Verizon. En ce qui concerne les applications développées par les tiers dans le cadre de cette initiative d’ouverture, Verizon admet que ces dernières ne seront pas, par défaut, accessibles à ses abonnés aux offres classiques « fermées » par opposition à l’offre ouverte. Le risque est donc de voir se créer un sous réseau qui viendrait s’ajouter au réseau traditionnel réservé aux clients de Verizon acceptant les conditions de son réseau fermé.

Plutôt que de réellement ouvrir son réseau, Verizon semble donc plutôt créer un nouveau réseau ouvert. La question de l’attractivité de ce nouveau réseau pour les équipementiers et les développeurs d’applications se pose alors. En développant de nouveaux terminaux ou de nouveaux services, les acteurs n’adresseront non pas la cible des 64 millions d’abonnés de Verizon mais celle des quelques consommateurs en recherche d’une nouvelle expérience utilisateur ou de services très spécifiques, non disponibles dans le cadre des offres traditionnelles. On peut alors s’interroger sur l’intérêt réel d’un acteur tiers à développer des nouveaux services dédiés au marché des consommateurs souhaitant disposer d’un terminal CDMA que Verizon ne commercialiserait pas et qu’il ne devrait logiquement pas subventionner.

Tout comme sur Internet ou sur les systèmes d’exploitation traditionnels le succès de la plateforme repose essentiellement sur la richesse de l’offre de services qui y seront développés. Compte tenu de l’attractivité de ce nouveau réseau, qui peut apparaitre à ce jour relativement faible, il convient de relativiser les chances de succès de cette initiative et par conséquent l’ampleur de la révolution annoncée.

 

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