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La riposte des studios : améliorer l’expérience utilisateur en salles

25 décembre 2007
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Si le cinéma 3D semble connaître un véritable essor aux Etats-Unis, en France, le phénomène en est encore à ses balbutiements. Les salles entament certes une transition vers le numérique – le pionnier en la matière étant le circuit CGR, 3ème réseau d’exploitant français fort de 400 salles, qui annonçait en novembre 2007, la conversion à venir de l’ensemble de son parc au numérique – , mais la 3D reste toujours l’apanage des parcs d’attraction (Futuroscope, Disneyland Paris), des musées à visée scientifique (Nausicaa, la Cite de l’Espace à Toulouse), ou tout récemment de la Géode de Paris, équipée par Barco.

Pourtant, nombre de bouleversements majeurs s’esquissent de l’autre côté de l’Atlantique. Les systèmes développés depuis quelques années ont laissé de côté les lunettes bicolores pour offrir une vision 3D avec des lunettes bien plus confortables pour l’utilisateur, voire, à œil nu.

L’industrie cinématographique américaine y voit un nouveau créneau porteur, ce qui la pousse à sortir simultanément certains films en 2D et en 3D dans les salles équipées (2150 salles équipées mi 2007, et à horizon 2009, les analystes tableraient sur 10% des salles US équipées 3D, soit plus de 4000 écrans).

Evolutions technologiques

Notre perception de la 3D vient de la synthèse opérée entre l’image captée par l’œil gauche, et celle de l’œil droit. Pour obtenir une prise stéréoscopique à l’aide d’une caméra, il faut doubler les objectifs et faire en sorte qu’ils soient latéralement décalés l’un de l’autre. Les 2 prises de vues sont projetées, chacun des rendus des caméras étant destinés à l’un des deux yeux. Une illusion de relief apparait alors. Aujourd’hui, des logiciels de traitement d’image offrent même la possibilité d’obtenir un résultat similaire sans avoir une prise stéréoscopique à base.

Plusieurs méthodes de production pour la 3D

Pour produire un film en 3D, 3 méthodes distinctes sont possibles. La première consiste à convertir un film tourné en 2D, grâce à des recalculs informatiques en un format 3D. On commence d’ailleurs à faire appel à la technologie IMAX 3D pour convertir des films 2D en 3D, le premier étant Superman Returns. Sortie en 2006, la version 3D de ce film a engendré plus de 30 millions de dollars de bénéfice, dont les deux tiers aux Etats Unis.

De nombreuses autres sont à venir, comme E.T., Indiana Jones, Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Matrix, ou Les 10 Commandements. Ces conversions se révèlent être une source de bénéfice non négligeable, tout en ayant un faible coût de développement. C’est le procédé qui a été utilisé pour la ressortie de l’Etrange Noel de M. Jack (Tim Burton) aux Etats-Unis. Le film, qui en 1993 avait engrangés 50 millions de dollars au box office a réalisé 23 millions de recettes supplémentaires en salles sur les écrans 3D. Ce serait vraisemblablement également le procédé utilisé par Lucas pour la nouvelle sortie en salle de la saga Stars Wars.

Concernant les films d’animation, la production peut également se faire directement en 3D, impliquant de nombreux calculs informatiques, mais maximisant l’expérience relief, et l’avantage compétitif de la salle sur le peer to peer…

Une autre possibilité consiste dès la production du film, à effectuer les prises de vues via 2 caméras HD distinctes, et recalculer ensuite les rendus afin d’obtenir (via un ou deux projecteurs) une impression de relief à l’écran, maximisant ainsi selon les studios l’expérience du spectateur. D’autant que ces films spécialement conçus pour être distribués en 3D tirent meilleur parti des possibilités offertes par la technologie, pour réellement concilier l’artistique et le technique.

Le dernier Zemeckis, Beowulf, semble d’ailleurs être un franc succès, avec plus de 35 millions de dollars engrangés via les 84 écrans Imax 3D et les 640 écrans digitaux 3D de Real D. Au total, sur les 3249 écrans où le film était projeté aux USA, 22% des écrans 3D ont réalisé 51% du box office total réalisé par le film.

En effet, le prix d’une place de cinéma 3D coute aux Etats-Unis en moyenne 2,5 dollars de plus qu’une place normale. Sur les écrans IMAX (avec son et qualité d’image encore plus développée), le surcout peu atteindre entre 4 et 8 dollars.

La 3D nécessite encore le plus souvent le port de lunettes :

Bien que les développements technologiques permettent aujourd’hui aux spectateurs de percevoir une illusion de relief à l’œil nu, le plus souvent, des lunettes spéciales sont nécessaires. Voici l’inventaire des technologies existantes :

Les anaglyphes (1ere technique historiquement)

La projection des images de deux épreuves stéréoscopiques est effectuée sur un écran. Ces images sont relativement identiques mis à part quelques différences qui font que leurs traits ne se superposent pas exactement. Elles tentent ainsi de reproduire la différence de perception qui réside dans nos deux yeux. Pour faire en sorte que chaque œil n’en perçoive qu’une seule, on place, sur le trajet des rayons lumineux, deux verres teintés différemment : les fameux rouges et verts.

Dès lors, il ne reste plus qu’à regarder la projection à l’aide de lunettes teintées des deux mêmes couleurs pour avoir l’impression de relief. Le désavantage de ce procédé est que l’image retransmise est de faible qualité.

La projection alternée

Le principe ici est d’alterner vision gauche et vision droite d’une manière suffisamment rapide pour que le cerveau ne perçoive pas la différence. Les cristaux liquides présents dans les lunettes deviennent opaques lorsque l’image diffusée à l’écran ne lui est pas destinée.

La difficulté réside dans le fait de synchroniser les lunettes à l’écran, ce qui les rend relativement coûteuses.

La projection vidéo polarisée

On polarise la lumière de sorte que l’écran renvoie deux images, une projetée en lumière polarisée verticalement, et l’autre horizontalement. Les filtres des lunettes se chargent alors de ne laisser passer que qu’une seule des lumières pour chaque œil. La qualité du relief est excellente et les lunettes sont peu onéreuses.

Seul le coût d’investissement du système se révèle assez conséquent.

L‘alioscopie, ou auto-stéréoscopie, est un point majeur dans l’évolution de l’affichage en 3 dimensions puisque celle-ci ne requiert pas l’usage de lunettes spéciales. Elle est pour l’instant développée sous forme de panneaux ou écrans LCD diffusant images fixes ou mobiles.

Sur ces écrans sont collées des lentilles. Elles exploitent la propriété optique qui fait l’œil gauche et l’œil droit voient deux parties de l’écran légèrement différentes quand est posée sur celui-ci une succession de fentes claires. Dès lors, chaque œil captera une vue différente, qui, interprétée par le cerveau, donnera la sensation de relief. Les objets apparaissent alors devant et dans la profondeur de l’écran, donnant l’impression qu’on pourrait presque les toucher.

Le désavantage de cette technique est que le public doit être positionné de manière à percevoir l’effet induit, ce qui limite le nombre de spectateurs potentiels, tout en nécessitant des coûts d’installation très importants.

L’holographie permet aussi une vision en 3D à l’œil nue, via des écrans spécifiques, au coût pour l’instant prohibitifs (notamment pour les téléviseurs). Pour l’instant, cette technologie est essentiellement utilisée pour des expériences scientifiques.

Les deux principales plateformes auxquelles ont recours les cinémas US pour s’équiper en 3D sont l’IMAX 3D et le Real D.

L’IMAX 3D, qui utilise projection alternée ou polarisée, est le premier apparu sur le marché. Il équipe 300 salles de cinéma à travers 40 pays. C’est aussi le seul dispositif actuellement présent en France (Futuroscope, Géode…).

Le concurrent direct d’IMAX 3D est Real D. Son système utilise la projection polarisée au rythme de 144 images par seconde, soit trois fois plus que les systèmes traditionnels du même type. La première sortie en Real D remonte à novembre 2005. Il s’agit de Chicken Little, le deuxième film en image de synthèse réalisé par les studios Walt Disney. Il génèrera 8 millions de dollars au BO américain, sur moins de 100 écrans.

Son parc de diffusion est passé aujourd’hui à plus de 1000 écrans à travers 23 pays, ce qui en fait la plus grande plateforme numérique pour le cinéma en relief. Real D annonçait en outre en octobre 2007 la conclusion d’un contrat avec Odéon et UCI. 1er circuit d’exploitant européen pour équiper d’ici à 2009 500 écrans 3D supplémentaires en Europe, notamment en Grande Bretagne, Espagne, Italie ou au Portugal.

Enfin, des projecteurs numériques permettent également, à l’aide de lunettes polarisées, mais un seul projecteur, un visionnage en relief au cinéma.

Malgré des débuts peu prometteurs, la 3D connait ainsi un essor remarquable aux US depuis 2005, surtout accentué cette année…

Le cinéma 3D apparaît en 1915, alors qu’Edwin S. Porter teste pour la première fois les lunettes rouge et bleues auprès de spectateurs relativement indifférents. En 1986, Imax lance ses propres écrans 3D, et développe une thématique éducative autour des projections, en collaborant essentiellement avec des musées ou des parcs thématiques (Futuroscope à Poitiers…).

En 2004, le succès en 3D du film fantastique de Robert Zemeckis « Le pôle express » qui réalise plus de 25% de ses recettes au box office américain via 62 écrans 3D, relance les débats sur le potentiel commercial de ce type de projections.

Malgré tout, jusqu’en 2005, date à laquelle l’ensemble des studios scellent un accord quant aux modalités à venir des projections numériques en salles, la 3D reste très marginale. Avec le seul avantage de la copie numérique, qui sera en premier lieu profitable aux distributeurs, puisque réduisant du cout d’impression des copies le budget P&A de sortie d’un film, les studios peinent toutefois à convaincre les exploitants de franchir le pas pour s’équiper en nouveaux projecteurs.

En créant en revanche un avantage compétitif à la projection numérique avec la 3D, les studios pourraient parvenir à contraindre les exploitants de suivre une tendance dictée par les producteurs, mais très populaire auprès du public. En outre, l’avantage clé de la 3D est, pour les studios, d’ériger un barrage à la piraterie, puisque qu’un film projeté en 3D, et nécessitant le port de lunettes pour percevoir l’effet relief, ne saurait faire l’objet de contrefaçons sur Internet.

Aux Etats Unis, le plus souvent, les coûts de transformation de l’équipement des multiplexes pour le passage au numérique sont supportés par les exploitants certes, mais aussi et surtout par les fabriquant de projecteurs numériques, voire, les distributeurs.

Depuis 2007, une accélération de rythme d’équipement est à noter, puisqu’au cours du seul 1er semestre 2007, plus des deux tiers du parc américain 3D actuel aurait été converti.

A la mi-2007, 3000 écrans ont été installés aux Etats-Unis, la plupart provenant du programme Christie/AIX (dont font partie les studios Fox, Universal, Sony, DreamWorks et Disney) qui prévoit le déploiement de 20.000 écrans aux Etats-Unis et au Canada d’ici la fin de l’année 2010. Plusieurs salles ont signé cet accord : Marquee Cinemas, Neighborhood Cinéma Group, Celebration Cinema, Cinema West, Cinetopia, Emagine, UltraStar, Galaxy, Rave, Carmike Cinemas et AccessIT’s Pavilion Digital Showcase Cinema.

Technicolor (qui comprend dans son programme les studios DreamWorks, Sony, Universal, Warner Bros, 20th Century Fox ainsi que les indépendants New Line et The Weinstein Company) prévoit d’équiper en numérique près de 15 000 écrans aux Etats-Unis et au Canada d’ici 2015.

Depuis février 2007, un autre programme DCIP (Digital Cinema Implementation Partners), joint-venture détenue par AMC Entertainment, Cinemark USA et Regal Entertainment Group et représentant plus de 14 000 écrans aux Etats-Unis et au Canada, s’est également lancé dans le déploiement des écrans numériques. 75% des 14 000 écrans devraient être numérisés entre le début de l’année 2008 et la fin de l’année 2010.

Le parc de salles américain AMC Theater vient en outre d’annoncer la conclusion d’un accord de joint venture avec IMAX pour équiper plus de 100 salles supplémentaire en projecteurs numériques 3D. Le principe de la joint venture étant qu’Imax fournit les projecteurs, tandis qu’AMC équipe ses salles. Les recettes engrangées seront partagées à 50/50.

D’ici 2011, le nombre d’écrans numérisés pourraient ainsi dépasser les écrans traditionnels.

Une étude publiée par Screen Digest en novembre 2007 table sur un boom de la 3D dans les deux années à venir

Selon les conclusions de l’étude Screen Digest, le nombre d’écrans 3D disponibles au monde devrait atteindre 6 000 à la fin 2009, dont les deux tiers aux Etats-Unis. Les studios ont tous adopté cette technologie, puisqu’aussi bien New Line, Sony, Paramount, Warner Bros. ou Fox prévoient des sorties 3D en 2009. Selon les conclusions de l’étude encore, les écrans 3D pourraient engranger jusqu’à trois fois plus d’entrées que les écrans traditionnels, les spectateurs semblant montrer une préférence certaine pour le spectacle offert.

Depuis 2007 en effet, tous les studios US se sont engagés dans la production de films en 3D, avec Dreamworks qui va jusqu’à annoncer la fin de la 2D d’ici à 2009. Le studio de cinéma s’est ainsi donné deux ans pour sortir l’ensemble de ses films d’animation uniquement en numérique et en trois dimensions. Shrek 3 ainsi que Bee Movie seront parmi les derniers films du studio à être diffusés au format analogique.

L’équipement 3D des salles de cinéma pourrait en outre offrir de nouvelles opportunités aux exploitants quant aux contenus diffusés tels que la musique, avec U2 qui avait tourné un concert en 3D, diffusé à Cannes en 2007, mais aussi le sport et les documentaires.

Enfin, le succès de la 3D pourrait accélérer la conversion du parc de salles au numérique, puisque seul le numérique permet aujourd’hui d’offrir une expérience utilisateur agréable, à moindre coût pour les exploitants.

Une étude publiée par Dodona Research en novembre mise ainsi sur une accélération de la conversion de l’équipement 35mm pour des projecteurs numériques. En septembre 2007, après près de 10 ans de stagnation relative, le marché semble ainsi enfin décoller, avec plus de 4600 écrans numériques disponibles à travers le monde. Ceci représente une véritable opportunité pour les équipementiers, à hauteur de 8 milliards d’euros.

Au niveau des sorties en salle, les prochains mois devraient être historiques pour la technologie 3D. En juillet 2008, New Line prévoit de sortir Voyage au centre de la Terre, adaptée du roman de Jules Verne en 3D. En 2009, le Dreamworks « Monsters vs Alliens » est également très attendu, mais c’est surtout le nouveau James Camaron, Avatar (Fox), également filmé en 3D, qui semble-il devrait créer l’événement. C’est en effet le grand retour du réalisateur après Titanic. Sortie prévue le 21 mai 2009.

Pour la même année, George Lucas promet sa saga « Star Wars 3D ». Il préparerait aussi avec Spielberg un « Indiana Jones 3D ». On parle également du « Seigneur des anneaux », « Matrix » ou « Harry Potter »… sans compter les inédits, dont les très attendues « Aventures de Tintin ».

 

geraldine.ohana@missioneco.org

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