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La répartition des revenus liés à l’exploitation des programmes sur les nouveaux réseaux en question

25 novembre 2007

Les scénaristes US entament une 4eme semaine de grève

Depuis le 1er novembre l’accord cadre triennal, qui liait les scénaristes américains aux studios notamment pour ce qui relève des modalités de leur rémunération, a expiré. Les revendications des auteurs concernant une augmentation de leurs royalties sur les nouveaux réseaux et la vidéo sont restées lettre morte. Un bras de fer a alors débuté dans l’industrie, et la Writers Guild of America (WGA), syndicat de plus de 12 000 membres parmi les scénaristes professionnels du secteur a entamé une grève le 5 novembre dernier.

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Les scénaristes dans la rue à Hollywood Source : Variety

Les scénaristes ont reçu l’appui de nombreux professionnels, soit environ 4 000 personnes non membres de la WGA qui auraient rejoint les manifestations qui ont eu lieu ces dernières semaines. Les syndicats d’acteurs, qui ont manifesté leur appui, n’ont cependant pas rejoint le mouvement de grève, l’accord cadre les liant à l’Alliance of Motion Pictures and Television Producers (AMPTP) expirant en juin 2008.

La dernière grève majeure des scénaristes aux Etats-Unis datait de 1988, et pendant 22 semaines, pas un script n’avait été produit, ni pour la télévision, ni pour le cinéma. Les pertes pour l’industrie avaient alors été évaluées à 500 millions de dollars, soit environ 3 millions par jour non travaillé.

Aujourd’hui, les networks comme les chaînes payantes ont largement développé leur offre de programmes autour des dramas ou des sitcoms, soit autant de programmes sérialisés, nécessitant le développement constant de nouvelles trames, pour capter une audience d’autre part largement sollicitée par les nouveaux réseaux et des modes alternatifs de consommation des contenus audiovisuels.

A Los Angeles, l’industrie audiovisuelle et cinématographique représente 7% du PIB de la région (442 milliards de dollars en 2006 selon le LA Times), sans compter toute l’activité directement dérivée de la vitalité du secteur (restaurants, hôtels…). Si la grève venait à se prolonger en décembre, les pertes pourraient atteindre jusqu’à 21,3 millions de dollars par jour selon le LA Times, soit une perte d’environ 15 000 emplois dans les secteurs techniques, artistiques… pour la région en décembre. Déjà, la production de 44 dramas et de 21 sitcoms ont dues être interrompue. Parmi ces tournages, des succès pour les chaînes telles Desperates Housewives, 24 ou encore Lost. De même au cinéma, les tournages des films Anges & Démons avec Tom Hanks, Pinkville d’Oliver Stone et Shantaram avec Johnny Depp ont notamment été retardés. Pour l’instant, la programmation des chaînes n’a pas encore été affectée outre mesure par le mouvement syndical, si ce n’est pour les talks shows.

Dans l’éventualité où le bras de fer viendrait à perdurer, la diffusion des suites des séries préférées des américains serait en revanche reportée, ayant pour effet, selon une enquête menée par Variety de détourner plus encore l’audience du petit écran au profit du web notamment.

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Source : Variety

Publicité télévisée : les annonceurs défiants devant le développement des DVR et de la TV online

Cette grève intervient alors que l’audience TV des 18/35 ans, soit la cible privilégiée des annonceurs, est en baisse à la télévision, tandis que l’audience des sites online tels YouTube, MySpace et bien d’autres affichent une progression spectaculaire.

Ainsi au cours du seul premier semestre 2007, le marché publicitaire TV affiche une baisse de 4,1% par rapport à 2006, avec 23,20 milliards de dollars de revenus. La morosité du marché reflète une tendance plus lourde qui, ces dernières années, s’est surtout manifestée aux cours des up fronts de mai (période ou les networks annoncent leurs grille pour la saison à venir et les annonceurs achètent les écrans publicitaires), avec une défiance de plus en plus prononcée des annonceurs face notamment au développement de l’usage des TiVo et autres PVR, puisque les téléspectateurs peuvent zapper la publicité.

Le cœur de la discorde :

Depuis plusieurs mois, les scénaristes réclament un pourcentage plus élevé de leurs droits d’auteur sur les DVD, la prise en compte des nouveaux réseaux (web, mobiles, baladeurs numériques…) dans leurs royalties, ainsi que l’extension des tarifs syndicaux et avantages sociaux aux programmes de la téléréalité. Soit autant de points de discordes avec les producteurs, qui refusent jusqu’ici en bloc de conclure un accord global à ce sujet. Un tel contrat cadre pouvant selon l’AMPTP amener à financer des programmes à perte, à l’heure où les coûts de productions sont en constante augmentation tandis que la piraterie et la viabilité des modèles économiques en matière de VoD ou de TV mobile est encore à l’épreuve.

Dans l’accord en vigueur jusque début novembre, les scénaristes percevaient 1,8% de 20% des revenus liés au chiffre d’affaires vidéo. Selon the Hollywood Reporter, un titre qui serait venu à 1 million d’unité en DVD rapporterait ainsi 64 800 dollars aux scénaristes ayant développé le script. La WGA souhaiterait voir ce pourcentage au moins doubler, et le montant des royalties liées aux nouveaux réseaux ajusté. Enfin, la WGA réclame un pourcentage des recettes publicitaires liées à la diffusion de séries en lignes, notamment en streaming gratuit sur les chaînes des grands networks, revendication également rejetée en bloc par les studios.

En avril 2006, les principaux syndicats de scénaristes, d’acteurs et de réalisateurs US avaient obtenu une première victoire dans la répartition des revenus liés à la diffusion sur les nouveaux réseaux. Afin de prolonger online et sur mobile l’engouement des téléspectateurs pour Lost, ABC (Disney) avait proposé des mini épisodes de la série sur le net. Pour ces œuvres spécifiques, les scénaristes étaient rémunérés 800 dollars par épisode, à quoi s’ajoutent 2% des ventes et publicités liées auxdits programmes. Ce contrat autorisait les studios à diffuser pendant 13 semaines ces épisodes courts sur le réseau Verizon. Il s’agissait toutefois d’un contrat spécifique, qui fait exception dans le paysage audiovisuel et numérique hollywoodien.

Après 3 semaines de bloquage, le dialogue a finalement repris entre la WGA et l’AMPTP le 26 novembre, pour trois jours de négociation à huis clos. Le but étant d’éviter une paralysie de toute l’industrie si le conflit venait à perdurer en 2008. A l’issue des débats, aucun accord n’avait cependant été scellé entre les parties.

La montée en puissance de la vidéo online

Le conflit intervient en outre à une période charnière, ou l’avenir du streaming online financé par la publicité, la VoD et la téléphonie mobile sont au cœur de la stratégie des grands studios. Les revenus liés à la diffusion numérique des contenus audiovisuels, si elle est encore aujourd’hui marginale, apparait néanmoins comme un vecteur de croissance majeur de l’industrie. La VoD en 2006 aurait totalisé 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires selon l’IDC. A titre de comparaison, le marché de la vidéo dans son ensemble (vente, location et téléchargement définitif) aurait atteint 26,3 milliards de dollars en 2006.

Warner Bros. a annoncé le lancement à venir de Warner TV, chaînes TV délinéarisées en ligne à travers le monde, pour offrir aux consommateurs une fenêtre de diffusion légale (financée par la publicité et les abonnements), à la demande, et tirer ainsi parti de la montée en puissance de la consommation TV on demand. De plus, pour contrer le développement sauvage de sites de vidéo sharing comme YouTube ou Daily Motion, NBC et News Corp. ont lancé leur propre plateforme de streaming gratuit online : HULU. Ces studios offrent donc des contenus audiovisuels professionnels gratuitement, le spectateur étant en contrepartie exposé à des annonces publicitaires ciblées en fonction des programmes consultés.

En France également, le problème des droits d’auteurs sur les nouveaux réseaux se pose aujourd’hui avec d’autant plus d’acuité que la première chaine cinéma, Canal+, souhaite lancer une offre de catch up TV sur les programmes diffusés sur la chaine premium. Les détenteurs de droits n’ont pas encore semble-t-il réussi à trouver un accord avec le groupe pour rendre possible le lancement d’un tel service.

 

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Un rapport signé Screen Digest affirme que le cinéma ne serait plus rentable à Hollywood en pleine période de revendications syndicales

Dans le même temps, Screen Digest a publié le 12 novembre une étude concernant la rentabilité des films à Hollywood. Selon les résultats de l’étude, les 132 films à gros ou moyen budgets sortis en 2006 auraient engrangé une perte nette pour les studios de 1,9 milliard de dollars.

A l’inverse, en 2004, 2,2 milliards de dollars de bénéfice net avaient été dégagés par les studios US grâce à l’exploitation de films cinématographiques.

Selon les conclusions de l’étude, la dégradation du bénéfice net, en dépit de la progression du box office mondial depuis 2004, serait le fait de l’augmentation plus rapide des couts de production. En particulier, les cachets astronomiques des acteurs, réalisateurs, et scénaristes de catégorie A, dont les cachets, annexés sur le chiffre d’affaires du film, et non sur les bénéfices, auraient amputé de 3 milliards en 2006 les résultats des studios.

De plus, la baisse du chiffre d’affaires de la vidéo depuis 2005, (-12,5% en valeur en 2006/2005) qui est encore loin d’être compensée par la progression des revenus liés à VoD ou à la vidéo online sont autant de facteurs qui expliqueraient aujourd’hui la réticence de l’AMPTP à concéder de plus amples royalties aux scénaristes.

Quelques pistes d’interprétations quant à la dégradation du bénéfice net dégagé par l’industrie cinématographique….

Le différentiel observé entre les marges TV et cinéma semble avoir plus d’une explication. Certes, les fenêtres d’exploitation et périodes d’amortissement des films peuvent s’étaler sur plusieurs années, néanmoins, aux vues des résultats financiers des studios, affirmer que l’industrie cinématographique affiche en 2006 une perte nette de 2 milliards de dollars semble quelque peu partiale.

Dans l’industrie cinématographique, il existe des pratiques comptables qui régulièrement défraient la chronique, voire retiennent l’attention des tribunaux. Il s’agit de l’Hollywood accounting, soit une méthode légale pour les studios d’indexer les profits dégagés par l’exploitation d’un film sur les comptes de filiales contrôlées, tandis que les coûts de fonctionnement/production /distribution/promotion sont supportés par la maison mère. Il existe différents méthodes et montages financiers qui procèdent d’une telle logique, et qui, in fine, aboutissent à ce que des succès comme Forest Gump (677 millions de dollars au box office mondial) ou encore, Rain Man ou Batman affichent une perte nette aux bilans de studios.

Il en résulte effectivement que les talents (auteurs, réalisateurs, acteurs…) insistent désormais, lors de la conclusion des contrats, sur une indexation de leurs revenus sur le chiffre d’affaires brut dégagé par le film, et non sur les résultat net, ce dernier étant le plus souvent nul ou déficitaire.

Dans l’industrie, ces pratiques sont connues, et Eddy Murphy les avait baptisées les Monkeys Points. Il avait déclaré qu’il fallait être bien naïf à Hollywood pour signer un contrat indexé sur le résultat net du film, celui-ci étant le plus souvent, au mieux, nul.

Dès lors, on peut s’interroger sur la véracité des arguments avancés par les studios pour refuser les revendications des scénaristes aujourd’hui.

Certes, les modèles économiques liés à l’exploitation des contenus en ligne sont encore à définir. Certes, éradiquer la piraterie demeure un enjeu majeur pour l’industrie, de même qu’éduquer le consommateur à la consommation délinéarisée légale de programmes. Mais en bloquant ainsi le dialogue concernant la rémunération des ayants droits, les studios ne risquent ils in fine de bloquer la création pour les médias traditionnels, et pousser ainsi les talents à diriger leur création directement vers le web, mettant ainsi encore plus en péril l’attractivité du petit et grand écran auprès du grand public ?

 

Geraldine Ohana

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