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La presse : une transition vers le numérique

26 décembre 2006

Une presse qui reste marquée par le régionalisme… et la régulation

Comme dans beaucoup de secteurs aux Etats-Unis, les grands groupes sont prépondérants dans le secteur de la presse (Gannett, Hearst, Tribune, Mc Clatchy). Mais la taille du pays, l’importance des grandes agglomérations urbaines et l’organisation fédérale du pays offrent également des opportunités locales et régionales intéressantes pour la presse de proximité.

Ainsi, plusieurs quotidiens locaux et régionaux indépendants figurent dans le classement des 25 premiers titres en circulation (voir ci-après).  

Mais derrière ce phénomène local se cache également une régulation qui limite la concentration des médias. Cette législation est actuellement en cours de révision par la Federal Communications Commission (FCC) qui a mis en place, en juin 2006, une commission de révision des règles de concentration dans le secteur des médias. Cette commission va réaliser six réunions de concertation avec les principaux intervenants de ce débat (secteurs public et privé mais également les associations de consommateurs) pour identifier les pistes de libéralisation de la présence nationale des grands groupes de communications, pouvant remettre en cause certains titres encore indépendants. La première réunion s’est tenue à Los Angeles en octobre 2006.

Cette recherche de libéralisation risque d’être remise en cause par la nouvelle composition des chambres (a majorité démocrate et opposée à cette tendance libérale), issue des élections du mois de novembre.

Même si les principaux tirages sont l’œuvre des grands groupes de communication américains (Gannett, Tribune ou Hearst), il est donc plutôt difficile de bâtir une stratégie nationale pour un journal quotidien et seuls USA Today, The Wall Street Journal et le New York Times (dans une moindre mesure) sont considérés comme de véritables journaux nationaux aux Etats-Unis. Seuls 34 des 1452 journaux quotidiens dépassent la barre des 250 000 exemplaires aux Etats-Unis (par rapport à une population de désormais 300 millions d’habitants).

La consommation de presse locale est donc très ancrée dans les habitudes américaines ce qui se traduit par l’accentuation de la problématique locale même en cas de rachat d’un journal local par un grand groupe de communication.

Dans le secteur des magazines, la dimension nationale est plus forte. Mais on retrouve de plus en plus cette tendance à de l’information locale. Ainsi parmi les 350 magazines lancés en 2005 aux Etats-Unis, la thématique métropolitaine/ régionale/État fédéré représentait le 1er poste de création (57 numéros) devant les loisirs (34) et les communautés ethniques (30).

Nombre de nouveaux titres par catégories

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Source : Samir Huhni’s Guide to New Consumer Magazines, 2006

Les grandes tendances : une forte baisse de la circulation des journaux et un maintien des magazines

Malgré la forte numérisation des contenus et la généralisation de la diffusion vidéo, la lecture de la presse reste l’une des activités préférées des américains.

Magazines

Le nombre de magazines achetés est en croissance continue depuis 1975 mais depuis 2000, un certain tassement des ventes se fait sentir, après il est vrai des années 1999 et 2000 de très forte croissance.

Le niveau de circulation 2006 devrait se rapprocher de 365 millions d’exemplaires selon l’association Magazine Publishers of America (MPA).

Evolution de la diffusion payante des magazines aux Etats-Unis 1970-2005 (en millions d’exemplaires)

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La part des abonnés est dans le même temps remontée de 82 à 87% des ventes sur les dix dernières années, pourcentage aidé par la baisse du prix moyen de l’abonnement annuel (26,78 dollars en 2005 contre 29,42 dollars en 1995). L’abonnement est une tendance très forte aux Etats-Unis, les prix à l’unité étant relativement chers.

Journaux quotidiens

La circulation de la presse quotidienne américaine se détériore depuis 1985, avec une forte diminution au cours des années 1990 et une baisse régulière depuis.

Parmi les tirages quotidiens, la transition entre les journaux du soir et du matin a été très marquée : la circulation totale de la presse du soir a été divisée par trois depuis 1990 (7,2 contre 21 millions) avec seulement 645 titres existants en 2005 (contre 1084 en 1990).

Les journaux du matin ont connu une progression régulière jusqu’en 2003 (46,9 millions de titres distribués), suivi de deux années de baisse successives pour atteindre 46,1 millions de titres distribués en 2005. Le nombre de titres est en revanche en progression puisque 817 quotidiens du matin existaient en 2005 (contre 559 en 1990).

Les recettes publicitaires de la presse sont relativement stables avant la forte croissance attendue de la publicité en ligne

Selon la société TNS Media Intelligence, la part de la presse écrite dans les recettes publicitaires reste stable depuis plusieurs années : de 39% en 2001 (dont 17% pour les magazines), cette part est désormais de 41% en 2005 (dont 18% magazines). Sur les 9 premiers mois de 2006, cette proportion reste aux alentours de 40%.

Part du marché publicitaire par type de média

(en %, Janvier-Septembre 2005 et 2006)

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Source: TNS Media Intelligence

La publicité dans la presse est beaucoup mieux perçue et acceptée par les consommateurs que dans les supports télévisés, radiophoniques ou même sur le web.

L’effet du numérique sur l’évolution des dépenses de publicité semble donc rester neutre. Les projections des principaux cabinets d’études américains tablent sur une rapide progression des investissements publicitaires en ligne au détriment des supports traditionnels.

La mise en ligne des contenus presse : l’arrivée du web 2.0 se précise

Les sites Internet des journaux américains ont, selon la Newspaper Association of America (NAA), enregistré 56 millions de visites par mois au cours du 1er trimestre 2006 ce qui représente près de 37% des américains sur le web.

Audience moyenne (visiteurs uniques)

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Source : NAA

Tous les journaux américains ont développé un site Internet mais seul celui du groupe Time Warner et du New York Times figurent parmi les 10 plus consultés selon une étude de ComScore Media Metrix.

Site Internet

Nombre de visiteurs uniques (domicile, bureau et Universités)

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Source : Nielsen/NetRatings Octobre 2006

Les initiatives les plus intéressantes concernent l’émergence des journalistes citoyens ou l’implication des citoyens dans la rédaction et le financement des reportages journalistiques.

La start-up Now Public (http://www.nowpublic.com) a réussi à devenir un véritable succès d’audience en concentrant des articles et des reportages issus de citoyens-reporters. Revendiquant 31 000 contributeurs dans 130 pays, Now Public apparaît comme une nouvelle forme de journal participatif dont pourraient s’inspirer les groupes de communication (cf. Gannett plus loin).

Dans le même ordre d’idée, New Assignment (http://newassignment.wordpress.com) est un projet, à but non lucratif qui permet également l’ouverture aux contributions de tous les citoyens mais va plus loin encore : une communauté d’utilisateurs peut passer commande d’une enquête journalistique sur le sujet de son choix. Chaque utilisateur intéressé par un sujet pourrait faire un don, la somme récoltée au final servant à rémunérer le journaliste pour son travail. Ainsi un ancien journaliste de l’agence Associated Press (AP) a obtenu plusieurs milliers de dollars de 300 lecteurs pour partir en Irak et ramener des reportages exclusifs. L’agence Reuters a versé 100 000 dollars a New Assignment pour soutenir le projet.

Ces initiatives devraient avoir un impact direct sur la stratégie des principaux groupes de presse aux Etats-Unis. Selon la presse technologique (notamment Wired News, Novembre 2006), le groupe Gannett s’apprêterait à modifier sa stratégie en privilégiant les sites web par rapport au journal papier. L’idée initiale est de coller à la tendance Web 2.0, c’est à dire l’utilisation du web de manière interactive, la création de réseaux sociaux et l’utilisation de portails web centrés sur l’utilisateur. Gannett ouvrira ses sites d’informations à ses lecteurs en publiant leurs contenus, en axant sa stratégie sur les informations locales au détriment des nationales (renforçant l’interactivité avec ses lecteurs) et devenant une plateforme ouverte en continu (24 heures sur 24, 7 jours sur 7).

Mais le plus intéressant sera la participation des lecteurs à des véritables enquêtes journalistiques qu’ils piloteront eux-mêmes par l’intermédiaire de groupes de travail. Cette organisation participative (appelée « crowdsourcing »), permettra aux journaux concernés d’avoir recours à la société civile pour identifier des dossiers locaux tout en leur laissant le format du reportage.

La restructuration complète de Gannett devrait intervenir en Mai 2007.

Le New York Times permet, depuis le 11 décembre dernier, aux utilisateurs des sites Internet Digg, Facebook et Newsvine de transférer leurs commentaires sur le site du New York Times. Même si cette ouverture est dans la lignée du web 2.0, elle ne correspond pas totalement à l’esprit car aucune interactivité n’est possible entre les journalistes et les utilisateurs du web. Cela devrait être la prochaine étape du site.

La dimension juridique : quelques accords avec les sources

Aucune action judiciaire n’a été répertoriée contre Google News ou Yahoo News par la presse américaine. En revanche, Google est actuellement en procès avec plusieurs associations de presse en France (AFP), en Belgique, au Danemark et en Norvège.

Google News existe déjà depuis quatre ans et limite les procès en permettant à toute agence de presse de se retirer à tout moment de son site de référencement… qui est l’un des sites les plus visités au monde. Certaines sociétés, comme Reuters, travaillent activement avec Google pour promouvoir leurs actualités.

En août 2006 Google a signé un contrat aux Etats-Unis avec AP, qui permet au moteur d’utiliser les dépêches et photographies de l’agence américaine contre rémunération. AP et Google ont donc signé un accord gagnant-gagnant, le premier pouvant générer plus de trafic grâce à sa présence dans Google News, le second pouvant utiliser les articles de presse avec une plus grande liberté et une facilité accrue pour les lecteurs.

Google serait par ailleurs en pourparlers avec d’autres sites de presse en ligne pour accéder à des contenus archivés.

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